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Catalina


Lorsque les Espagnols arrivèrent sur les côtes de ce qui deviendrait la Colombie, celle-ci était peuplée, sur le site de la future Cartagena, d’indiens appelés Calamari. D’après les récits qui portent sur cette époque, le fondateur de la ville, Pedro de Heredia, à la tête des troupes espagnoles, aurait capturé une jeune indienne, la India Catalina, pour lui servir de guide et d’interprète. Échappant, dans l’esprit des colons, à la sauvagerie, la India Catalina aurait ainsi bénéficié des grandeurs de la civilisation espagnole en apprenant le castellano ou en cachant sa nudité derrière des vêtements à la mode européenne.

legende_catalinalegende_catalina2Surtout, la India Catalina est présentée comme l’intermédiaire pacificateur entre troupes espagnoles et populations indiennes. C’est ainsi que la India Catalina a également été qualifiée de India lengua (Indienne langue) ou même de lengua (langue) , surnom résumant la réduction du statut d’ « indien civilisé » au rôle d’intermédiaire. Pour Eduardo Lemaitre, historien de la ville, « elle a dû être heureuse l’indienne Catalina au sujet de laquelle tous les chroniqueurs racontent qu’elle a activement participé à ces journées, contribuant ainsi à la complète pacification de ses compatriotes, auxquels elle disait qu’ils ne devaient pas avoir peur de la chaîne, parce que les gens qui arrivaient étaient bons » . Aujourd’hui, les brochures touristiques la présentent comme le symbole de la « raza nativa ».

En d’autres termes, la seule figure de l’indianité qui ait droit aux honneurs de la ville, hier comme aujourd’hui, est celle de la femme, pacifique, docile, au service de la domination espagnole. D’ailleurs, de même que la présence indienne n’est plus qu’un lointain souvenir à Cartagena, la population indienne de la région ayant été quasi totalement exterminée ou expulsée (à l’inverse d’autres régions de la côte Caraïbe comme la Sierra Nevada de Santa Marta ou La Guajira), la India Catalina, n’apparaît que sous la forme d’une statue, aux formes parfaites, comme si l’ethnicité indienne, dont elle est devenue le symbole, n’était non seulement acceptée que soumise et redevable à la civilisation venue d’Europe, mais prenait également les traits d’une beauté féminine figée et magnifiée.