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Les indigènes de la culture Chibcha vénèrent Chia, la déesse Lune, épouse du dieu Soleil, appelé aussi Sua, ou Suhé ou Zhua, représentation du Matriarcat. Le culte de cette déesse était en relation avec la fécondité de la Terre et la fertilité sexuelle. Ce sont les peuples près de Bogota qui célébraient Chia lors de fêtes rituelles.
C'était la déesse mère des Chibchas qui aujourd'hui habitent la région Cundiboyacense. Un jour apparut de la lagune Iguaque, près de Tunja, une femme magnifique, avec des longs cheveux et un visage parfait, accompagnée d'un enfant âgé de trois ans. Quand celui-ci fut adulte, il devint son époux. Ils eurent de nombreux enfants qui peuplèrent la Terre, Bachué pouvant enfanter de 4 à 6 enfants à la fois.
Soudain, des années plus tard, Bachué et son époux retournèrent à la lagune, ou ils se transformèrent en deux énormes serpents.
C'est ainsi que les Chibchas expliquent l'origine de l'Humanité.
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Extrait d'un livre de poésie Titre: Je viens de la nuit / Vengo de la noche "Le monde peuplé depuis peu Bachué |
Le roi de Guatavita tomba profondément amoureux d'une jolie jeune femme de la tribu voisine. Il l'épousa et ils eurent une fille. Mais le roi se consacrait beaucoup à sa fonction, tout en se laissant aller à la débauche, trompant et oubliant son épouse. Celle-ci, se sentant abandonnée se désespérait. Cependant, les deux époux aimaient profondément leur fille.
Un jour, lors d'une grande fête, la reine s'éprit d'un beau et jeune guerrier. Amoureux l'un de l'autre, ils commencèrent à s'afficher se moquant de la vigilance du roi. Ces rencontres illégitimes finirent par être connues par celui-ci qui ne tarda pas à les surprendre.
Le guerrier fut fait prisonnier et soumis à de terribles tortures jusqu'à ce qu'on lui retira le coeur avant de l'empaler. Cette nuit même on organisa une grande fête en l'honneur de la souveraine. Au cours du repas on lui offrit un plat raffiné, le coeur d'un animal sauvage. La reine le regarda avec méfiance puis se rendit compte avec horreur que c'était là un morceau de son amant.
Soudain, l'ambiance festive laissa place à un grand silence quand retentit le cri d'effroi de la reine. Le teint pâle comme une morte et le coeur meurtri, elle alla chercher sa fille avant de s'enfoncer précipitamment dans les ténèbres. Sans réfléchir un seul instant elle se jeta dans la lagune sacrée de Guatavita.
Les prêtres se pressèrent de transmettre la nouvelle au monarque enivré qui, fou de douleur, courut jusqu'à la lagune en comprenant combien il aimait cette femme et comme elle l'avait rendu heureux bien avant. Le coeur rempli de chagrin, il ordonna aux prêtres de récupérer le corps de son épouse. Ceux-ci lui révélèrent que la reine vivait heureuse dans une maison sous marine avec un serpent qui était amoureux d'elle. Angoissé, le roi réclama qu'on lui ramène au moins sa fille. Les prêtres la ramenèrent et purent constater qu'elle n'avait plus d'yeux. Alors le père décida de la rendre à sa mère.
Le roi inconsolable pardonna à son épouse en lui promettant des offrandes pour qu'elle ait dans l'au-delà le bonheur qu'elle connut si brièvement à ses côtés. Les prêtres, les intermédiaires entre les hommes et la déesse des eaux (l'ancienne reine), vivaient au bord de la lagune en attendant sa prochaine apparition, un soir de pleine lune.
Les Chibchas firent de la lagune de Guatavita (formant un cercle presque parfait) un lieu de culte où l'on fit des offrandes de figurines en or et en émeraude à la déesse tutélaire. Celle-ci, en forme de serpent, surgissait des eaux pour rappeler au peuple la promesse de trésors qu'on lui avait faite. Les offrandes se firent de plus en plus nombreuses afin d'apaiser la douleur du roi.
Mais la cérémonie eut un autre but par la suite. C'était un acte politico-religieux que l'on accomplissait pour la consécration d'un nouveau Zipa (roi de Bacatá, actuelle Bogotá). Les jours qui précédaient la cérémonie, le roi et son peuple commençaient une période de jeûne et d'abstinence. Durant cette période ils confectionnaient des masques et de riches vêtements, réglaient leurs instruments de musique et préparaient des mets et de la chicha (alcool de maïs) pour le grand jour. Les villages voisins venaient se joindre à la fête et tous, pour un temps, oubliaient leurs peines et leurs chagrins.
Puis venait le moment tant attendu. Avant que l'aube ne se lève tout était prêt pour commencer la procession vers la lagune sacrée au son des tambours et des flûtes. La foule, parée de ses plus beaux atours et ses bijoux entonnait des chansons. Puis suivait le cortège royal escorté par des guerriers portant arc, flèches et lances. A quelques mètres de la lagune, le roi descendait de son palanquin et se dirigeait vers la barque royale, marchant sur les capes que plaçaient sous ses pieds les guerriers et les courtisans. Sur la barque recouverte de capes et de fleurs ne prenaient place que les membres les plus méritant de la cour, laissant libre la place centrale pour le monarque.
Aussitôt qu'il se fut placé au centre de la barque le roi laissait tomber sa cape rouge en montrant à tous son corps entièrement recouvert de poussières d'or. La barque royale s'éloignait lentement tandis que la foule, le dos tourné à la lagune, ou la tête baissée vers le sol pour ne pas offenser, faisait entendre ses prières et ses cantiques. Au milieu des fulmigations, le Zipa pointe son regard vers l'orient, attendant le soleil. Quand le ciel se teignait de rouge, le roi murmurait de prières. Et au moment où le soleil surgissait et baignait de lumière la barque royale, le monarque levait les bras au ciel en lançant un cri de joie repris aussitôt par toute la foule.
Prononçant encore des prières, le Zipa jetait au fond de la lagune les admirables émeraudes et les objets en or, puis plongeait lui-même dans les eaux sacrées. Il en ressortait purifié et la barque revenait vers le rivage pendant que la foule restait tête baissée ou le dos à la lagune. Le roi marchait de nouveau sur les capes jusqu'à son palanquin qui le ramènerait jusqu'à sa demeure. Une fois le rituel et la consécration du Zipa achevés, commençait la fête qui se terminerait dans l'ivresse.
Le récit de ce fastueux cérémonial arriva jusqu'aux oreilles du Conquistador espagnol Sebastián de Benalcázar qui, obsédé par l'or, en fit la légende de l'Eldorado (l'homme doré), ce qui allait amener en Amérique une multitude d'aventurier en quête des cités d'or.

Bochica, peinture de Jorge Rosensvaig
Colombie 2005
Bochica était un ancien qui enseignait aux Chibchas les principes d'honnêteté, à cultiver la terre, élever des bêtes, travailler la céramique et tisser.
Tous les trois mois, à Bacatá, les chibchas organisaient des fêtes en honneur de Bochica, buvant et dansant. Ils organisaient ces fêtes aussi quand se prolongeait la saison des pluies, parce qu'anciennement les pluies étaient énormes. Cela était ainsi parceque Chibchacún se fâchait en voyant que les gens n'adoraient plus les dieux des lagunes, abandonaient leurs cultures et se bagarraient sans arrêt. A une occasion mémorable, d'énormes nuages ont couvert les cieux, transformant le jour en une nuit sombre. Parmi les innombrables éclairs tombaient de lourdes gouttes d'eau. Les nuages sont devenus de gigantesques chutes d'eau qui gonflaient les rivières anéantissant à leur passage les animaux, les plantations et les villages. Les gens fuyaient vers les collines en ayant faim et froid tandis que la tempête semblait éternelle.
Ils demandaient pardon mais les eaux continuaient de monter. Le bon Bochica, ayant pitié pour son peuple, pensait que ce n'était pas la façon de le punir et que le déluge était trop sévère. Il se promena le long de l'arc-en-ciel et les chibchas l'ont salué par des chants de louange. Là où la cordillère se prolonge et se bloquent les eaux, Bochica ouvra les monts de son sceptre d'or. L'eau se précipita rapidement des hauteurs, et ainsi se forma le saut du Tequendama. Une fois que les eaux ont abandonné la vallée, Bochica condamna Chibchacún à porter la Terre sur ses épaules, qui jusqu'alors avait toujours reposé sur d'énormes gaïacs. Lorsque Chibchacún fatigue, il change d'épaule et c'est alors que se produisent les tremblements de terre.

Statue de Catalina
Carthagène Lorsque les Espagnols arrivèrent sur les côtes de ce qui deviendrait la Colombie, celle-ci était peuplée, sur le site de la future Cartagena, d’indiens appelés Calamari. D’après les récits qui portent sur cette époque, le fondateur de la ville, Pedro de Heredia, à la tête des troupes espagnoles, aurait capturé une jeune indienne, la India Catalina, pour lui servir de guide et d’interprète. Echappant, dans l’esprit des colons, à la sauvagerie, la India Catalina aurait ainsi bénéficié des grandeurs de la civilisation espagnole en apprenant le castellano ou en cachant sa nudité derrière des vêtements à la mode européenne.
Surtout, la India Catalina est présentée comme l’intermédiaire pacificateur entre troupes espagnoles et populations indiennes. C’est ainsi que la India Catalina a également été qualifiée de India lengua (Indienne langue) ou même de lengua (langue) , surnom résumant la réduction du statut d’ « indien civilisé » au rôle d’intermédiaire. Pour Eduardo Lemaitre, historien de la ville, « elle a dû être heureuse l’indienne Catalina au sujet de laquelle tous les chroniqueurs racontent qu’elle a activement participé à ces journées, contribuant ainsi à la complète pacification de ses compatriotes, auxquels elle disait qu’ils ne devaient pas avoir peur de la chaîne, parce que les gens qui arrivaient étaient bons » . Aujourd’hui, les brochures touristiques la présentent comme le symbole de la « raza nativa ».

En d’autres termes, la seule figure de l’indianité qui ait droit aux honneurs de la ville, hier comme aujourd’hui, est celle de la femme, pacifique, docile, au service de la domination espagnole. D’ailleurs, de même que la présence indienne n’est plus qu’un lointain souvenir à Cartagena, la population indienne de la région ayant été quasi totalement exterminée ou expulsée (à l’inverse d’autres régions de la côte Caraïbe comme la Sierra Nevada de Santa Marta ou La Guajira), la India Catalina, n’apparaît que sous la forme d’une statue, aux formes parfaites, comme si l’ethnicité indienne, dont elle est devenue le symbole, n’était non seulement acceptée que soumise et redevable à la civilisation venue d’Europe, mais prenait également les traits d’une beauté féminine figée et magnifiée.

Cérémonie du Yurupari en Amazonie
L'Amérique du Sud est traversée par un interdit général sur les aérophones. Nulle femme ne doit jouer de ces instruments.
Le héros mythique Yurupari est, après sa naissance, volé à sa mère par les hommes. Plus tard, il est brulé, et de ses cendres naît entre autres un palmier dont sont faits les instruments sacrés qui sont en même temps les os du héros. Romikumu, la mère du héros, accompagnée des autres femmes, vola ces instruments aux hommes. Ceux-ci, trop paresseux, étaient restés dans leur hamacs au lieu d'aller se baigner et d'aller chercher eux-même les instruments conservés dans l'eau. Alors, les hommes devinrent comme des femmes : ils cultivaient le manioc, avaient des menstrues, et étaient sous la domination politique des femmes. Plus tard, les hommes renversèrent la situation : ils violèrent les femmes, leur prirent les instruments et les enfoncèrent dans leur vagin pour qu'elles aient des menstrues.
L'épisode montre une conception particulière qui place les femmes du côté du chaos, de la nature, et les hommes du côté de l'ordre, de la culture.
Dans le nord-ouest de l'Amazonie, la cérémonie religeuses du yurupari célèbre l'entrée des garçons dans l'âge adulte. Lors de cette cérémonie, les jeunes garçons boivent l'ayahuasca. Ce breuvage à base de lianes a des vertus hallucinogènes. Aya signifie mort ou esprit des mort et huasca : liane, d'où la traduction habituelle de liane des esprits. Cette drogue permettrait de communiquer avec les ancêtres et permettrait aussi à l'âme de quitter son corps et de voyager librement.